Headless Commerce, une simple utopie ?

Headless Commerce, une simple utopie ?

Headless Commerce, une nouvelle technologie? un nouveau CMS? un nouveau concept de vente? Le Headless Commerce est un concept qui commence à émerger et qui se veut complètement disruptif par rapport à la façon dont nous envisageons aujourd’hui le fonctionnement d’un site internet, d’une boutique en ligne, d’une gestion de documents (GED) et même au logiciel de pilotage de votre voiture, de votre réfrigérateur et vous l’avez bien compris d’à peu près toute chose connectée.

Headless, le concept.

La démultiplication des terminaux de consultation comme les smartphones, montres connectées, tablettes, IoT, voitures connectées … a conduit les éditeurs commerciaux comme open-source, à adapter leurs solutions pour offrir la meilleure expérience utilisateur possible. Ce fut l’émergence du design responsif où la mise en forme et les fonctionnalités s’adaptent au terminal.

Aussi efficace cela puisse être, ce n’est au final qu’une demie-mesure. En effet, le code développé doit tenir compte de l’ensemble des versions possibles pour, au final, n’afficher que la version la plus adaptée : on simplifie l’affichage pour une version mobile, on limite l’accès à certaines fonctionnalités pour une application …

Le Headless est conçu de manière totalement différente, puisqu’il dissocie complètement le front-end (navigateur web, App mobile, interface de gestion …) du back-end (gestion de stock, facturation, gestion de contenu, catalogue produit …). Le front-end (Head) et le back-end ne dialoguent plus directement, mais passent par le biais de traducteurs, à savoir une APIApplication Programming Interface : Language universel permettant de relier plusieurs systèmes en les rendant interopérables et permettant aux différentes applications connectées d’échanger entre elles..

Là où cela devient intéressant, c’est que ce socle d’API peut aller plus loin que la simple couche logicielle, mais peut aussi permettre d’interagir de la même manière sur la partie infrastructure, pour peu qu’elle soit elle-même pilotable par API. La gestion du dimensionnement et de la puissance de l’infrastructure technique peut par conséquent elle aussi s’adapter en fonction de l’usage et du terminal.

Headless Commerce

Headless Commerce, l’arme absolue pour une stratégie omnicanal.

Par ces temps de pandémie, la première application que l’on peut trouver au headless, c’est bien évidemment le e-Commerce, donc le Headless Commerce. L’e-Commerce est un parfait exemple de par l’hétérogénéité des services nécessaires pour son fonctionnement, et attendus par le client, affectant le front-end et le back-end.

Du coté du front-end, on s’attend à une grande rapidité d’exécution, une expérience sociale, les solutions de paiement et de logistiques les plus pratiques, le Click & Collect, des fonctions de recherche avancées (par la voix, par exemple) et bien d’autres choses encore.

Du coté du back-end, le commerçant a besoin de gérer ses stocks et ses prix, collecter les paiements, intégrer des chaines logistiques, vendre ses produits sur des marketplaces, stocker les informations clients (en respectant la RGPD) pour mener des actions marketing, utiliser une plateforme technique fiable et performante, gérer son catalogue, publier de l’information, gérer sa boutique en ligne et son magasin physique …

Autant dire que la liste est longue de part et d’autre et rares sont les solutions permettant de couvrir l’ensemble des besoins. Certaines solutions utilisent déjà le concept d’API pour intégrer des services tiers : paiement, logistique, compta, encaissement, gestion des stocks, expéditions … Mais cela fonctionne essentiellement au niveau du back-end et propose une expérience utilisateur plaisante sur le mode responsif, mais incroyablement lourde à mettre en oeuvre et personnaliser, le code devant embarquer l’ensemble des versions possibles en créant des interdépendances.

La force du Headless Commerce réside dans la capacité de continuer à s’interfacer avec nombres de services externes d’un point de vue du back-end, et de multiplier les front-ends pour proposer un canal spécifique, optimisé, distinct et indépendant pour chaque besoin.

Le système devient donc extrêmement agile car les développeurs front-end peuvent travailler de manière autonome sur un canal identifié, sans craindre les interdépendances et effets de bord, pour un code simplifié à l’extrême et donc une parfaite optimisation, synonyme de rapidité, toujours plus importante pour les clients. Ajoutons à cela des capacités de personnalisation infinies car l’affichage s’est affranchi des contraintes fixées par le back-end et vous obtenez le paradis des développeurs et des clients.

La force du Headless Commerce réside dans la capacité de continuer à s’interfacer avec nombres de services externes d’un point de vue du back-end, et de multiplier les front-ends pour proposer un canal spécifique, optimisé, distinct et indépendant pour chaque besoin.

Le Headless Commerce, pour qui ?

La vraie bonne question. On parle de méthode Agile, d’intégration d’API, de connexion à des systèmes tiers, d’équipes de développement dédiées par canal … autant dire que ce n’est pas la petite PME du coin qui a les ressources d’aller dans cette direction, et encore moins les budgets.

Le Headless Commerce redonne le contrôle total aux équipes informatiques, les équipes marketing et vente étant cantonnées au rôle de donneur d’ordre. C’est précisément ce que les solutions e-Commerce packagées du marché (Prestashop, Magento, ePages, WooCommerce …) ont combattu pendant des années : elles ont donné le pouvoir aux marketeurs pour qu’ils puissent lancer rapidement un site de vente en ligne sans nécessairement en avoir les connaissances techniques. Le Headless Commerce inverse la tendance, pour le mieux ou le pire, chacun appréciera.

Le Headless s’adresse par conséquent aux organisations dotées d’une forte culture technologique, d’équipes techniques étoffées et formées aux méthodologies Agile et bien entendu de budgets conséquent. On est assez loin de la PME utilisant un Prestashop hébergé chez OVH…

Headless commerce pour qui

Pour autant, le Headless permet d’atteindre des objectifs dont on ne faisait que rêver il y a peu :

  • La possibilité d’adopter une véritable stratégie omnicanal
  • Un agilité de développement inégalée permettant un time-to-market très rapide
  • Une expérience utilisateur optimisée et totalement personnalisée
  • Une souplesse d’intégration de nouvelles solutions (back-end comme front-end)
  • L’ouverture rapide de nouveaux canaux et usages
  • L’usage croissant des API REST permet à une forme de standardisation d’émerger

Utopie ou réalité en devenir ?

Comme souvent, le précurseur en la matière se nomme Amazon, qui utilise le Headless nativement depuis un certain temps maintenant, et lui permettant à la fois de développer de nouvelles applications et services en un temps record, mais aussi de rester en avance de phase par sa capacité à déployer des mises à jour plusieurs fois par minute.

Nous n’en sommes qu’au début. Les solutions nativement headless sont rares, il n’y a pas encore d’écosystème dédié et il faudra du temps pour que l’ensemble arrive à maturité. Toutefois, les fondations sont là, et dans l’informatique, les tendances d’aujourd’hui sont souvent le mainstream d’après-demain. D’ici là, les solutions e-commerce packagées ont encore de beaux jours devant elles.

NDLR : voici un article intéressant présentant une liste de CMS « Headless » et leurs spécificités : Voir sur CodeurMag